Baptême de Corina en 1965 - CMN - Cherbourg (de gauche à droite: Cédric Guyot, le filleul de Jean, André et Jacqueline Guyot, parents de Cédric ,amis très très proches de Jean et navigateurs, devant eux Christiane Chomé (épouse de Jean à l'époque), le prêtre,  Jean Chomé, une amie, Joelle Guyot, soeur de CédricC’est à Jean Chomé, brillant médecin anatomopathologiste, que l’on doit le 4ième des cinq « quarante pieds » Illingworth & Primrose des Chantiers Mécaniques de Normandie. Commandé en 1964, Jean le baptisa « CORINA » en hommage à sa fille Corinne, née deux ans plus tôt.

Savoyard de naissance, Jean est devenu breton de cœur et marin dans l’âme au contact de la Bretagne. Son épouse, Geneviève Chomé, m’a ainsi raconté : "Jean est né le 6 Août 1926 à Valleiry en Haute Savoie, loin du milieu maritime, d’une mère savoyarde et d’un père Luxembourgeois, mais ne lui dites surtout pas qu’il n’est pas breton! Il y est arrivé en 1939 à l’âge de 13 ans et a eu son premier bateau cette année-là, un joli canot à misaine de 4 mètres. Il y a passé la guerre, jusqu’au baccalauréat, pensionnaire au Lycée du Kreisker à St Pol dans des conditions très difficiles. Tout cela n’a rien à voir avec Corina bien sûr, mais explique cette passion, sa découverte et son attachement à la mer et à la navigation entre les cailloux de la baie de Morlaix».

Ainsi en 1964 lorsqu’il passe commande de « Corina », Jean connaissait déjà bien la mer et lui vouait déjà son âme. Enfant et adolescent, il avait navigué sur son petit canot à misaine, puis plus tard expérimenté trois voiliers habitables. En 1963, il est même l’un des premiers adhérents de l’Union des Plaisanciers Français, une association créée par Jean-Michel Barrault et regroupant les pratiquants de la croisière. C’est là que les deux hommes se sont rencontrés, apprirent à se connaître et qu’une amitié indéfectible a pris naissance. C’est aussi là que Jean-Michel, déjà aguerri aux course au large (en particulier sur Striana, un superbe plan Eugène Cornu de 1955), parvint à persuader Jean d’engager Corina dans la saison du RORC de 1965-1966 et de prendre le départ, entre autres, de la « Lyme Bay Race », de la « Cowes Dinard » et enfin la mythique « Fasnet », qu’ils courront en 1966.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Jean-Michel Barrault est un sacré bonhomme, un breton du sud. Né à Nantes en 1927, circumnavigateur passionné et écrivain de marine talentueux, c’est un journaliste et éditorialiste français de renom. Il a noirci les pages de nombreux journaux que tous connaissent en France: Paris MatchL'Aurore, Le Figaro et « Voiles et Voiliers ». Devenu un ami très proche de Jean, c’est avec l’aide de ce dernier que Jean-Michel écrivit et publia chez Arthaud "Le vade-mecum du parfait médecin", illustré par Piem, un petit livre qui a reçu un bon accueil, y compris de la part de hautes sommités médicales comme le professeur Mathé.

Corinafastnet

Sous l’impulsion de Jean-Michel, Jean constitua donc un équipage pour cette saison de courses 65 et 66. Il s’appuya sur les membres de l’UPF et s’entoura principalement de parisiens, comme lui à l’époque.

Geneviève Chomé me confiait :« Chaque week-end pendant la saison de course, ils quittaient Paris ensemble le vendredi soir par le train pour rejoindre Cherbourg, sauter à bord de Corina et appareiller, toujours en costume, pour rallier l’Angleterre au plus vite dans la nuit et prendre le départ des courses dans la matinée du lendemain. Le Dimanche en fin de journée, à peine la ligne d’arrivée franchie, ils mettaient les voiles vers Cherbourg pour attraper le train de nuit et retrouver Paris au petit matin. Inutile de dire que les lundis n’étaient pas toujours faciles ! »

L'équipage que Jean avait formé était constitué pour l'essentiel d’amateurs-armateurs, skippers de leur propre bateau avec une activité professionnelle soutenue les privant de temps pour s’entrainer correctement ensemble. Jean-Michel Barrault me disait : « Ce manque d’entrainement, outre la coupe médiocre des voiles utilisées et un armement de croisière pondéreux, explique sans doute que les résultats n'aient pas été aussi brillants qu'espéré ! (…) mais cela ne nous a pas empêché de bien nous amuser et j’ai pu apprécier les qualités de ce côtre ».

La liste d’équipage était évidemment variable mais pour le Fastnet, la plus emblématique des courses du RORC, l’équipage était constitué de : (par ordre alphabétique des prénoms)

  • Claude Bitouzet, ingénieur
  • Claude Danbon, architecte, installé plus tard en Martinique
  • Dany Barrault (skipper de Corsen  pour Cowes-Dinard 1963, première femme à avoir commandé en course un équipage féminin)
  • Jean Chomé, propriétaire de Corina
  • Jacques Auclair, propriétaire du magnifique plan Cornu Striana; également Président de la Fédération Française de Yachting à voile
  • Jean-Michel Barrault, journaliste
  • Michel Labbé, excellent équipier que Jean-Michel Barrault était parvenu à "shangaier " à Striana
  • Michel Perroud, champion du GCL en 1967 sur Dame D’Iroise

Effectuer de telles courses n’était pas de tout repos (réunir les équipiers, avoir les bonnes compétences, entretenir le bateau, s’entrainer un tant soit peu) et par ailleurs Jean n’était pas un compétiteur dans l’âme. Plus attiré par la croisière que par la course, il céda Corina trois ou quatre ans plus tard à un industriel en plomberie, pour naviguer sur un autre bateau mythique de l’époque, l’Arpège, et naviguer en Bretagne, sa mer de cœur, avec la femme de sa vie, Geneviève. Savoyarde et d’origine montagnarde, celle-ci ne connaissait rien à la mer lorsqu’ils se sont rencontrés dans la fin des années 70. Mais ces deux-là étaient fait pour se rencontrer et Jean lui transmit cette passion qui s’entend encore quand Geneviève vous en parle. Ils naviguèrent longtemps ensemble et ne s’arrêtèrent que lorsque le poids des années ne leur permit plus de prendre le large sereinement, dans le milieu des années 2000.

On ne sait pas comment s’appelait cet industriel en plomberie et la trace de Corina se perd plus ou moins jusqu’à son acquisition par Michael Wagner et Regine Hellwig en 1999. Entre ces deux dates, l’histoire de Corina reste floue et ne se résume qu'en deux points :

  • Avant 1980, acquisition de Corina par un pilote de la Luftansa, Karl Stender,  basé à Hambourg
  • Dans le milieu des années 80, acquisition de Corina par un ancien officier de marine allemand, Hansludwig Bechtel, basé à Glückstadt. A priori, Corina hivernait alors dans un hangar.

Corina - Refit années 2000En 1999, conservant son pavillon Allemand, Corina passe dans les mains soigneuses de Michael Wagner et Regine Hellwig. Michael est un marin, un vrai, humble et passionné devant l'immensité. Il est de ceux qui ont tout démonté pour bien comprendre, qui connaissent leur bateau par coeur et qui en ont dessiné l'hélice. Avant Corina, il avait navigué en charters (bateaux de location) sur toutes les mers du globe ou presque. En plolynésie, il a même rencontré l'un des descendant de la dynastie Pomaré qui souhaitait retrouver la couronne perdue.

Régine naviguait plus occasionnellement mais régulièrement, sur les côtes allemandes et sur des voiliers en bois, ceci expliquant cela. Avec Micheal, elle voulait un voilier racé, fin, élégant, facile à manoeuvrer, sur lequel ils pourraient vivre une bonne partie de l'année le cas échéant. Le coup de cœur pour Corina fût immédiat: pas d'expertise, juste des phalanges douloureuses à force de toquer sur la coque pour en vérifier l'état.

Alors basé à Hambourg, Ils le mirent sur un camion pour le remettre à l’eau à Marseille. De là et pendand 15 ans ils ont profité du soleil et des eaux turquoises du bassin méditérannéen, à raison d’environ  3 mois  par an :

  • 1999 Marseille - Corse - Elbe - Punta Ala , Italie (jusqu'en 2001, dans le port de plaisance )
  • 2000 Îles pontiques, Capri , Sardaigne , Corse , Elbe , Punta Ala
  • 2001 Iles Eoliennes, Sicile , Îles ioniennes , Mer Egée , Marmaris (Turquie)
  • 2002-2007 Côte turque et Mer Egée
  • 2008 Marmaris - Chalcidique
  • 2009 Chalcidique - Corfou
  • 2010 Corfou , Péloponnèse , Mer Egée , Marmaris
  • 2011 Marmaris - Crète
  • 2012 Dodécanèse , Mer Egée, Saronique , Aegean, Marmaris
  • 2013 Dodécanèse , Mer Egée, Marmaris
  • 2014 Dodécanèse , côte turque, Marmaris
  • 2015 côte turque , Dodécanèse, Marmaris

Enfin, en mai 2016, après plus d'un an de recherches,  je décide de me lancer dans une nouvelle aventure et de faire l'acquisition de Corina. Je m'appelle Jean-Philippe Massin, je suis ancien officier de marine (promotion 86), membre du RORC parrainé par Alex Thomson; membre de l'équipage de vainqueur de la RORC Caribbean 600 course en 2014 à bord de Lancelot (première 40.7) avec Peter SowreyAlex Thomson et Tim Thubron (...); co-skipper dans la course RORC "Middle Sea Race" à bord Gaby II (grand Soleil 37) avec Peter Sowrey et Brian Thomson en 2014.


Mais pourquoi avoir choisi un Super Maïca et pourquoi Corina?

Ce fut un long cheminement, probablement entamé lorsque j'étais sur les bancs de l'Ecole Navale. Les raisons principales qui ont motivé mon choix sont triples:

  • L'envie d'un course-croisière: Après les courses au large RORC que j'ai effectuée en 2014, l'appel de l'océan était plus fort que jamais: j'aimais cet esprit de compétition et l'aventure humaine d'un petit groupe face à l'infini de l'horizon et de la mer. Il me fallait retrouver un bateau. je voulais traverser l'Atlantique avec le Transquadra mais je ne pouvais pas payer le budget et le temps nécessaire. Un couple de courses avec mon ami d'enfance Jérome Olliéric, à bord Nerée, à l'occasion de la «Semaine du Golfe» et un convoyage à bord Angelina avec Jean Brouillet m'a convaincu une course-croisière classique serait un ajustement parfait avec mon programme amateur. 
  • Une forte sensibilité pour le "class Maïca": J'ai fouillé Internet à la recherche de la perle rare; j'ai dévoré les magazine, j'ai organisé des séjours près des ports abritant des voiliers qui m'intéressaient. Mais c'est la lecture "50 bateaux de légende" qui m'a décidé pour le Class Maïca. Je trouvais leur ligne parfaite et surtout je me suis souvenu qu'il y avait 2 Maïca qui sommeillaient à l'Ecole Navale quand j'y étudiais (1986-1988). Leur palmarès et victoires dans les courses du RORC étaient connus mais nous préférions naviguer sur les Surprises, les voiliers du tour de France à la voile, beaucoup plus rapides mais en plastique.
  • Une attirance pour une aventure programmée de 2400 NM: Devenir armateur d'un Maïca étant devenu une évidence, j'ai étudié chacune des unités disponibles sur le marché, partageant mes analyses avec d'autres passionnés déjà tombés dans la marmite. Je me suis déplacé à plusieurs reprises, emmenant la femme qui partage ma vie à La Seyne sur Mer près de Toulon pour visiter "Lady Nicole", le N° 25 puis dans le le golfe du Morbihan pour découvrir Tanit le n° 32 ou encore à Perros Guirec pour voire "Plume" et enfin à Nevez pour découvrir "Tara" le n° 6 en rénovation complète sous la houlette de son illuminé-passionné d'armateur. Au final, mon choix s'est naturellement arrêté sur Corina, que je suis allé expertisé sur place en Turquie avec Bertrand. En superbe état pour son âge, parfaitement entretenu par Michael son propriétaire Allemand, Corina n'est pas un Maïca comme les autres, c'est un Super Maïca. Il est 1 mètre plus long qu'un Maïca et vraiment beaucoup plus adapté à la croisière avec des amis et la famille, bien qu'évidemment rustique. Et puis il y a ce projet qui a germé de ramener Corina en France, au Pouliguen, là ou j'habite, en France: Une aventure de 2400 NM, un rêve irresistible que j'ai décidé de vivre

Mon programme de navigation à date

  • 2016 - Deux semaines de navigation en Juin avec Michael Wagner et Thomas Muller: Marmaris, Rhodes, Karpathos, Halki, Simi, Bozburun, Marmaris; Deux semaines de Juillet avec la voile en famille sur la côte turque.

  

Pour le plaisir des yeux. Trois photos de 1965. Elles ont été prises par le célèbre photographe de marine anglais Beken de Cowes durant les courses du RORC:

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